OCTOBRE ROSE : QUID DU CANCER DU SEIN AUPRÈS DES FEMMES NOIRES ?

Chaque année et ce depuis plus de trente ans, le mois d’octobre a été internationalement choisi comme mois d’éveil au cancer du sein. Diverses associations, telles que Ruban Rose, élèvent leurs voix afin de sensibiliser et de récolter des fonds en faveur de la recherche contre cette maladie. Les évènements organisés à cette occasion permettent ainsi de donner la parole à des malades mais aussi d’éveiller les consciences. 

En effet, le cancer est la deuxième cause de mortalité dans le monde, et celui du sein est la maladie touchant le plus le sexe féminin. Les spécialistes en la matière estiment qu’une femme sur huit sera touchée par ce cancer au cours de sa vie et que le risque de le contracter ne fait que s’accroitre avec l’âge. 

Lorsque des données européennes sont examinées afin de déterminer l’incidence de cette maladie sur différents types de populations, il est souvent difficile de trouver réponse à cette requête. La docteure en pharmacie Dominique Sighoko, détentrice d’un Master et d’un PhD en santé publique, explique dans un entretien avec le magazine « Afrique Femme » qu’en France, par exemple, les statistiques ethniques étant interdites, il est presque impossible de conclure à quoi que ce soit sur l’impact de cette maladie auprès des femmes noires Françaises qui en sont atteintes.

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En revanche, l’US Cancer Statistics démontre qu’en plus de présenter le taux de mortalité du cancer du sein le plus élevé à l’international, les jeunes femmes noires ont plus de chance de développer un cancer du sein triple négatif par rapport aux jeunes femmes blanches. Les cancers dits « triples négatifs » sont les plus compliqués à soigner car la surface des cellules cancéreuses ne présente aucun des trois marqueurs connus (progestérone, œstrogène et protéine HER2) susceptibles de répondre aux traitements hormonaux classiques. Ils nécessitent alors parfois des traitements plus lourds tels que l’immunothérapie ou encore la chimiothérapie. 

Docteure Sighoko poursuit son analyse et explique que la différence de méthode en ce qui concerne le recueillement de données statistiques entre la France et les États-Unis heurte le combat contre ce fléau. Effectivement, les cancers triples négatifs favorisant un développement plus rapide des tumeurs, ces derniers nécessiteraient un prompt diagnostic. Malheureusement, les dépistages fréquents ne se faisant qu’à partir de l’âge de 50 ans dans un pays comme la France, cela dessert fortement les patientes juvéniles. Madame Sighoko ajoute ainsi que les pays francophones d’Afrique adoptent la même fréquence de dépistage qu’en France, bien que cela ne soit pas du tout adapté à la population.  

Le cancérologue Madani Ly souligne quant à lui le manque d’accessibilité aux mammographies au Mali, ces dernières étant uniquement disponibles au sein de la capitale Bamako ainsi qu’au sein de quelques centres environnants. Pour cette raison, ces dispositifs sont davantage utilisés lors d’un diagnostic tardif, après l’apparition de symptômes, plutôt que pour le dépistage de masse chez les personnes en bonne santé apparente.  

Par conséquent, les spécialistes invitent les femmes noires à être attentives aux recommandations médicales. Passé l’âge de 20 ans, il est donc indispensable de pratiquer l’autopalpation juste après avoir eu ses règles puisque la poitrine n’est plus gonflée et que cela permet un examen mammaire plus précis. Toute anomalie doit être signalée dans les plus brefs délais à son médecin généraliste ou à son gynécologue.  

Cette autopalpation mammairese déroule en trois étapes clés :  

– L’observation de la poitrine, en se tenant bien droite, les bras le long du corps : il y a-t-il un changement de forme, de texture ou toute autre anomalie ? 

– La palpation des seins : existe-t-il une boule à l’intérieur du sein ? 

– La presse des tétons : s’écoule-t-il un liquide ? 

Heureusement, pour pallier à ce problème de santé publique, de nombreuses initiatives fleurissent à travers l’Afrique. En Côte D’Ivoire, la campagne « Mes Seins Sans Cancer », débutée en 2019, a permis de faire dépister des femmes gratuitement. L’ONG « YELENBA – Women In Action » a ainsi organisé des échanges afin de sensibiliser à cette maladie trop souvent méconnue. Au Sénégal, la chimiothérapie est gratuite depuis octobre 2019. Au Tchad, on s’adonne à la course et à la marche afin de lever des fonds pour aider les malades. Quant au Gabon, la Première Dame Sylvia Bongo Ondimba, œuvre à diffuser le message relatif à l’importance du dépistage dans les coins les plus reculés du pays, notamment avec le soutien d’artistes nationaux comme le musicien Frédéric Gassita, et encourage également tous les citoyens à devenir les ambassadeurs de cette cause. 

Jeanne NSENGA

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