Néocolonialisme, auto colonialisme, existe-t-il une issue de secours à l’état de tutelle de l’Afrique ?

Vous êtes-vous déjà demandé qui étaient les grands guerriers africains, comment vivaient les populations du continent, ou encore quelles étaient leurs découvertes et leurs avancées ?Parce que oui, c’est un fait : avant l’ère de la colonisation, l’Afrique portait une histoire riche en diversité et en accomplissements.
De son nom d’origine Alkebulan, signifiant “jardin d’Eden” ou “mère de l’humanité” en indigène, l’Afrique est un continent qui suscite la convoitise de par sa grandeur et ses richesses. Aujourd’hui, l’histoire de la dite mère de l’humanité est malheureusement négligée et presque effacée.

Je me souviens qu’avant mon départ du Cameroun, alors âgée de 9 ans, je venais tout juste d’être initiée aux cours d’histoire. De nature curieuse, je me suis rapidement passionnée pour les récits de mon professeur évoquant les colons portugais débarquant par la rivière Wouri et la nommant Rio dos Camarões (la Rivière des Crevettes). L’année suivante, me voici dans une classe en France, où j’écoutais les exploits d’Attila le Hun contre la Rome occidentale. De ma terre natale à mon pays d’adoption, mon esprit a été constamment imprégné d’histoires de personnages qui me sont en tous points étrangés, mais qui ont soit exercé une influence sur tout ce que je représente, soit réalisé les plus grands exploits.

Je m’interroge aujourd’hui, plus de dix ans plus tard, sur la portée de ces expériences. Ne possédons-nous pas également des figures emblématiques ayant accompli des exploits majeurs, exerçant une influence sur l’Occident ? N’avons-nous pas une histoire distincte de la colonisation et de la traite négrière à transmettre à nos enfants, ou notre identité et notre évolution seraient-elles uniquement définies par le prisme de la colonisation ? Possédons-nous une histoire qui nous est propre, ou sommes-nous uniquement le produit d’une adhésion excessive à la culture occidentale, nous poussant à quitter notre terre natale pour une terre promise, comme si nos terres étaient stériles?

Dans cet article, nous n’allons pas créer un mouvement « Alkebulan History Matters », non. Cependant, nous allons examiner la question du néo-colonialisme et de l’emprise post-coloniale des populations d’Afrique subsaharienne, notamment en matière de finances, d’éducation, de développement durable et d’histoire.

Le néocolonialisme est un concept utilisé pour dénoncer le maintien ou le retour du colonialisme, c’est-à-dire de la volonté de domination coloniale, après l’indépendance, éventuellement dans des formes détournées ou discrètes. Les rôles joués par la Chine en Afrique, et de nos jours par la Russie, sont parfois qualifiés de néo-colonialisme : le terme « Chinafrique est désormais couramment employé, et celui de « Russafrique » apparaît dans le langage journalistique. Le néocolonialisme agraire est une autre façon de qualifier le processus d’accaparement des terres, qui consiste pour des puissances ou entreprises étrangères à acheter ou louer à des tarifs très avantageux une grande quantité de surface agricole.

L’Afrique est une terre riche et sous-exploitée par les populations locales. En raison d’une organisation gouvernementale anarchique et d’une économie dispersée, on constate que les relations entre l’Europe et l’Afrique sont caractérisées par une inégalité frappante dans le rapport des forces, ainsi que par une forte dépendance de l’Afrique envers l’Europe. Le rôle joué par l’exportation culturelle est un pilier de cette inégalité.

Le terme ‘néocolonialisme’ peut être compris comme la création ou le maintien, à l’intérieur des États concernés, d’un rapport de dépendance structurelle au niveau économique et de son influence directe au niveau politique sur les processus de décision. Si l’on élargit le concept de néocolonialisme en y introduisant l’exportation culturelle, on peut discerner deux autres aspects essentiels. D’une part, l’application de critères européens dans l’évaluation d’institutions, de valeurs et de modes de comportement africains, évaluation dans un sens de hiérarchisation qualitative en vue d’un transfert définitif de modèles sociaux européens. D’autre part, la transmission d’exemples européens dans le secteur de l’éducation et la dépendance vis-à-vis de l’Europe qui en découle en matière d’objectifs, de méthodes, de moyens d’enseignement et de personnel enseignant. Ces phénomènes sont en relation étroite avec la domination politico-économique ; c’est même en partie grâce à eux que cette emprise est rendue possible. Ainsi, par exemple, il faut mettre en relation les objectifs de développement, définis aujourd’hui par des Africains, avec l’échelle de valeurs transmise par l’Europe et propagée, entre autres, par l’image historique de l’Afrique diffusée dans les écoles et dans la littérature. Le caractère limité de ce concept peut être dégagé si on le met en relation avec celui d’auto-colonisation. On veut dire par là que le partenaire soumis ou dépendant accepte volontairement les systèmes de valeurs, les formes de comportement et les schémas de pensée extérieurs, rendant ainsi superflu l’exercice de la contrainte par le partenaire dominant. Il est peut-être exagéré de parler d’acceptation volontaire. L’Africain a été endoctriné pendant des siècles ; il a été amené à considérer sa culture comme dépassée et, parallèlement, à imiter des modèles européens. La société industrielle occidentale a eu pendant des décennies le monopole de l’exemple occidental en tant que forme « avancée » de société. C’est ainsi que beaucoup d’Africains n’ont pas eu d’autre possibilité que d’intérioriser des modèles et des formes de penser européens pour les présenter finalement comme leur production propre.

Les relations entre la France et l’Afrique francophone, ainsi que la Belgique avec le Congo, illustrent clairement le phénomène d’auto-colonisation en Afrique. La France a réussi à exercer une influence particulièrement forte sur les élites des anciens pays sous son emprise. Contrairement à la Grande-Bretagne, qui a en partie préservé les structures sociales traditionnelles dans de nombreux endroits, la France et la Belgique, par exemple, se sont efforcées de modeler l’Africain selon leurs idées. La politique d’assimilation, promettant l’égalité sociale à condition que l’Africain abandonne son identité culturelle, a exercé une fascination sur les élites pendant des décennies. Pensons aux hymnes et aux langues nationales, symboles d’identification, de grandeur et d’histoire retentissante, majoritairement dans la langue des anciens colonisateurs, même si la majorité de la population ne la comprend pas. Ceux qui embrassent davantage ces pratiques perpétuent une division néocoloniale, éduquant selon la vision occidentale et prenant l’ascendant sur les individus plus attachés à leurs identités tribales.

Alors que reste-t-il de nous? Serons-nous libres de nous épanouir dans notre globalité sans l’incidence d’un dominant ? L’Afrique pourra-t-elle un jour devenir le maître d’orchestre de sa propre histoire?

Le 28 juillet 2023, lors du Sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg, une déclaration commune a été adoptée, prévoyant une coopération accrue dans les domaines de
l’approvisionnement alimentaire, de l’énergie et de l’aide au développement. Elle appelle à « créer un ordre mondial multipolaire plus juste, équilibré et durable, s’opposant fermement à toute forme de confrontation internationale sur le continent africain », selon le texte publié sur le site du Kremlin. « Pour la Russie, l’Afrique est devenue très clairement le support pour une démonstration de force sur la scène diplomatique internationale ». En revanche, les relations entre la Chine et l’Afrique ne se construisent pas uniquement d’État à État. Avec la privatisation progressive de l’économie, les entrepreneurs privés sont des acteurs majeurs dans la construction des liens avec l’Afrique. Ils y trouvent des marchés pour la production manufacturière chinoise, parfois stimulés par le gouvernement. Les sociétés et entrepreneurs chinois voient dans l’Afrique un continent à fort potentiel économique, peuplé de consommateurs, et rejettent explicitement tout « afro-pessimisme », souvent reproché aux partenaires occidentaux, selon l’extrait du livre « Afrique contemporaine » de Chris Alden et al.

Que peut-on en conclure? La Russie et la Chine, des bouées de sauvetage pour une Afrique opprimée par une politique néocoloniale? Ou une colonisation sous-jacente, perpétuant l’état de tutelle d’une Afrique surexploitée?

NEPHERTITY-C FUMCHUM *


https://information.tv5monde.com/afrique/que-faut-il-retenir-du-deuxieme-sommet-r
Ussie-afrique-2662165
https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine1-2008-4-page-119.htm
https://www.caminteresse.fr/histoire/afrique-quel-est-lancien-nom-de-ce-continent-11186737/

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https://books.openedition.org/iheid/3923?lang=fr
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_en_développement
https://www.hc-cameroon-ottawa.org/decouvrir-le-cameroun/histoire/#:~:text=1472,le%20no
m%20donné%20au%20pays.

:~:text=En%20fait%2C%20le%20nom%20«%20originel,mère%20de%20l%27humanité%2

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