« Fady » : les interdits malgaches

Madagascar, plus grande île d’Afrique et quatrième plus grande au monde. D’une superficie de 587 000 km2, elle abrite près de 31 millions d’habitants, appelés les Malgaches. Un peuple « afro-asiatique », mélange de Bantous et d’Austronésiens qui parle une langue d’ascendance austronésienne. À cela se rajouteront plus tard les influences de la France durant la colonisation ainsi que de la culture arabe.

Ce métissage est à l’origine de l’immense culture, des pratiques et des croyances diverses qui règnent sur l’île rouge. Les Malgaches sont divisés en 18 ethnies.

Le mot « Fady » signifie simplement « tabou » ou « interdit », et représente en quelque sorte un ensemble de lois non pénales qui dirigent le comportement des Malgaches dans la vie de tous les jours. 

Les règles peuvent s’appliquer selon une catégorie sociale, le sexe, l’appartenance familiale ou communautaire, selon le lieu, le temps… Ce phénomène est donc manifestement assez complexe et touche tout le monde. 

Une personne peut d’ailleurs être soumise à plusieurs Fady en même temps. Les Fady se sont même faufilés dans la langue malgache comme le mot « aza fady », qui signifie « pardon » ou « s’il vous plaît » selon la situation. Il est aussi important de préciser que les Fady ne sont pas vus comme un ensemble de rites religieux mais plutôt comme quelque chose de sacré. Enfreindre un Fady peut avoir des répercussions spirituelles et sociales. 

Pour certaines communautés, lorsque quelqu’un transgresse un Fady il peut être mis au ban de sa communauté et être considéré comme « Maloto », ce qui signifie « impure ». Les conséquences spirituelles sont redoutées car elles amènent souvent des maladies inexpliquées, une malchance persistante ou même un décès mystérieux.

Parmi les plus communs, nous pouvons retrouver :

– L’Interdiction de pointer du doigt un tombeau, au risque d’attirer les mauvais esprits chez soi

– Siffler la nuit au risque d’attirer des fantômes

-Manger les rognons au risque de rendre les gens lépreux

Comme cité précédemment, les Fady peuvent aussi n’être applicables que selon un contexte :

-Au lac Tritrivia, il est interdit de manger du porc, car cela apporte de la malchance

– Certaines ethnies, comme les Betsimisaraka, croient que si on mange du poulet certains jours de la semaine, cela attire également la malchance

– Lors de la traversée de certains lacs ou rivières, il est interdit de parler

Certains Fady peuvent être plus cruels, comme dans le sud-est de l’île, où avoir des jumeaux est mal perçu ; un des deux bébés doit être abandonné ou tué.

Comme on peut le constater, les Fady sont donc principalement des règles qui s’appliquent à tous, surtout sur des lieux sacrés. Ils sont imposés tant aux habitants qu’aux touristes peu importe les croyances de chacun. Devant certains lieux sacrés, qui sont également des attractions touristiques, des panneaux avec les Fady à respecter sur ce lieu sont affichés. Et pour les plus distraits, les guides touristiques ne manquent pas de le répéter et vérifient également qu’ils ne soient pas ignorés. 

Cependant certains Fady ne concernent qu’un groupe social ou une ethnie, car ils sont héréditaires. Par exemple certaines familles sont sous le Fady qui leur interdit de manger du porc, une ancienne influence musulmane.

De nos jours l’influence des Fady sur les Malgaches est encore bel et bien présente. Ils jouent toujours un rôle très important. Naturellement certains Fady sont en voie de disparition, mais la plupart restent d’actualité et sont toujours respectés. D’ailleurs comme mentionné auparavant, certains Fady sont intégrés dans les attractions touristiques, ce qui montre une capacité à ceux-ci d’être flexibles et de rester pertinents. Vu que Madagascar est un pays majoritairement chrétien, l’influence de la religion ne peut pas être ignorée. 

Alors que certains Malgaches abandonnent complètement leurs coutumes ancestrales en vue de vivre pleinement leur religion, la plupart des Malgaches choisissent de faire coexister leur religion avec les coutumes et traditions ancestrales, qui incluent donc les Fady.

Si vous avez l’intention d’un jour visiter mon île, n’oubliez donc pas de respecter ces règles, anciennes et précieuses.

Irénéa

Sources :

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