Cet article entre dans la rubrique santé du Binakuko. La question sera plutôt orientée sur la santé psychique : nous verrons les liens qui existent entre le rapport que les jeunes noir·e·s ont à leur identité, comment ce rapport à l’identité leur permet ou non de bâtir leur socle économique, et finalement, lorsque cette base est installée, notre capacité à cultiver notre bien-être et à prendre soin de nous-mêmes ainsi que de ce qui nous entoure.
J’écris avec l’intention d’inspirer toutes celles et ceux qui sont intéressé·e·s et se sentent concerné·e·s par le sujet de cet article, à porter leur attention sur leur vécu et à interroger leurs perceptions afin de faciliter la prospérité de notre communauté.
Identité
En psychologie, on différencie l’estime de soi de la confiance en soi. L’estime de soi correspond à la valeur que l’on s’accorde, tandis que la confiance en soi renvoie à la foi que l’on place en soi pour accomplir des choses. À partir de ce que nous croyons sur nous-mêmes et/ou de nos expériences, nous définissons notre identité. La notion d’estime et de confiance en soi est déterminante pour l’identité de tout individu. En effet, une estime de soi saine favorise l’expression pleine et entière de notre identité, sans effacement, compromis ni sacrifice. La confiance en soi suit l’estime de soi : elle ne peut pas se bâtir avant ni sans elle, puisqu’elle nécessite que notre estime de soi nous ait poussés à nous matérialiser à travers l’accomplissement de choses qui ont du sens pour nous. Cette matérialisation de l’estime de soi engendre alors la confiance en soi.
Ressources intérieure et motivation
Le cycle vertueux commence. Lorsque l’estime de soi est installée et qu’elle s’est matérialisée, on a alors littéralement confiance en soi. Pas dans un sens de fierté, mais plutôt dans l’idée que l’on ne craint plus d’oser, ni de se tromper, lorsque l’on fait de la place à son identité et qu’on l’affirme. Ce n’est donc pas une fierté, mais une tranquillité d’esprit, ainsi qu’une confiance dans le fait que l’on est libre et en sécurité d’exister, de faire les choix qui nous conviennent, et non ceux qui sont simplement les moins pires, par exemple. À ce stade, un enthousiasme et une persévérance difficilement tarissables émergent en soi. Nous disposons alors des ressources nécessaires et de la motivation pour créer, oser et prendre des risques. Comme nous sommes désormais stables et confiants, le risque n’en est plus vraiment un. Ce que nous avons créé ou bâti prend alors de la valeur.
L’épanouissement dû à l’intégrité
Il y a naturellement une gratification à accomplir ses objectifs sincères. On ressent de la joie et de la satisfaction, deux éléments cruciaux qui renforcent notre identité et notre motivation. Nous avons davantage de raisons d’avoir confiance en nous, en nos capacités, en nos idées, etc. Nos ressources et notre motivation s’élargissent. Nous avons désormais une plus grande conscience de nous-mêmes, de ce que nous voulons faire et de qui nous sommes. Notre sentiment d’identité est renforcé. Avoir conscience de cela, c’est aussi développer une sensibilité à ce qui ne nous convient pas. Nous sommes donc davantage en mesure de prendre soin de nous, car nous identifions plus rapidement les déséquilibres. Comment cela est-il lié à l’expérience étudiante d’un·e afro-descendant·e, à son économie, ou encore à sa santé mentale ou physique ? Ce que j’avance ici, c’est que la société, avec son système en vigueur aujourd’hui, dépossède les individus de leur sens de l’identité et de leur intégrité. Et cela ne s’arrête pas là : la configuration même du système nous rend inconscients, étrangers à notre identité. On ne pense même plus en avoir besoin. Explorons comment cela a été rendu possible.
L’école
Le système féodal repose sur un principe simple : les seigneurs possèdent les terres sur lesquelles vivent les paysans, tandis que ces seigneurs sont eux-mêmes assujettis au roi. Les paysans, qui représentent environ 80 % de la population, paient des impôts aux seigneurs. Ceux-ci prennent la forme de redevances en nature et de travaux obligatoires non rémunérés. Par exemple, lorsqu’ils produisent du vin, du blé ou de l’huile, une partie de la production revient au seigneur ou à l’Église. À cette époque, les compétences et l’éducation se transmettent principalement au sein du foyer. Un charpentier apprend son métier auprès de son père et son savoir-faire fait office de reconnaissance. Le seul enseignement structuré est celui de l’Église. Celle-ci joue un rôle central dans la formation des enfants de la noblesse, notamment les garçons destinés à gouverner ou à occuper des fonctions administratives et militaires. Les filles nobles sont instruites dans les couvents, où elles apprennent la lecture, l’écriture et la prière. Quant aux paysans, majoritairement analphabètes, ils doivent surtout se conformer aux obligations religieuses. À la Renaissance, au XVe siècle, la redécouverte des textes antiques met en avant la raison, la logique et l’observation. L’invention de l’imprimerie vers 1450 favorise la diffusion du savoir et affaiblit progressivement le monopole éducatif de l’Église. Des collèges et des académies apparaissent, enseignant le latin, les mathématiques et l’histoire à une élite qui se pense désormais éclairée. Ce mouvement mène au siècle des Lumières, porté par des philosophes comme Kant, Voltaire, Rousseau ou Diderot.
Les collèges et académies constituent ainsi les prémices de l’école moderne, dont la forme actuelle se consolidera avec la Révolution industrielle. Dans ces institutions, on enseigne le latin, le grec, la théologie, la rhétorique et la philosophie. Avec la Révolution industrielle, l’économie a besoin d’une main-d’œuvre capable de travailler dans les usines, d’utiliser les machines à vapeur ou de transformer les matières premières. Les académies, collèges, lycées et universités intègrent alors de nouvelles disciplines : ingénierie, mécanique, chimie, énergie ou commerce. C’est la naissance des écoles d’ingénieurs, des écoles des mines, des arts et métiers, de navigation et de commerce. Les horaires deviennent plus stricts, les examens plus fréquents et les journées d’étude plus longues. L’institution qui visait à éclairer et libérer l’esprit sert désormais aussi à former des individus capables de faire fonctionner l’économie.
Pour les afro-descendant·e·s, comme pour d’autres groupes issus de l’histoire coloniale, comprendre ces transformations est essentiel. Nous ne sommes plus réduits en esclavage, mais nous évoluons dans des structures héritées d’un système qui n’a pas été pensé pour nous. Être libres implique donc de prendre conscience de notre participation à ce modèle, afin de choisir en connaissance de cause d’y rester, de le transformer ou de construire le nôtre.
Le bien-être
Nouvelle notion en psychologie : l’homéostasie, qui est la capacité d’un individu à maintenir un état d’équilibre intérieur, à la fois sur les plans physique et psychologique, face aux perturbations externes.
Lorsqu’un besoin n’est pas satisfait, un déséquilibre apparaît. L’individu entreprend alors une action ou adopte un comportement pour satisfaire ce besoin et rétablir l’équilibre. Par exemple : « J’ai faim, je vais manger quelque chose » ; « Je suis triste, j’aimerais ne plus l’être, retrouver le sourire ». Cela signifie que le bien-être correspond à l’état d’équilibre de l’être vivant. Cet être vivant est doté d’une sensibilité lui permettant de détecter lorsque cet équilibre se rompt à l’intérieur de lui. Toutes les formes de douleur que nous pouvons éprouver sont désagréables pour une raison : elles nous signalent que l’ordre intérieur est perturbé. À l’inverse, lorsque cet ordre est maintenu ou rétabli, nous parlons de joie, de paix ou, plus largement, de bien-être. Cependant, il est possible de devenir incapable de détecter l’interruption de notre équilibre interne.
Perdre sa sensibilité aux signaux : comment cela est-il possible ? L’ingrédient principal qui permet un tel phénomène est la peur. La peur est une réaction émotionnelle automatique, produite quand nous remarquons une chose réelle ou imaginaire qui menace notre équilibre physique « être tué, être blessé, être malade, avoir faim/soif sans pouvoir s’alimenter, etc… » ou psychique.
Question pour un champion : Qu’est ce qui menace l’équilibre psychique ?
D’abord, il serait intéressant de savoir qu’est ce qui fait l’équilibre psychique ?Les travaux cumulés sur la psychologie humaine des figures tels que Piaget, Erickson ou encore Abraham Maslow, donne une réponse qui permet à la science et aux plus cartésiens d’entre nous de comprendre la santé mentale ; qui peut être difficile à maitriser puisque c’est une dimension intangible. Mais je tiens à attirer votre attention, sur le fait que ce que nous appelons aujourd’hui santé mentale ou psychologie, du grec : « étude de l’âme » ; a toujours été maitrisé et au centre du mode de vie de toute les nations non converti à l’une des 3 religions abrahamique, avant la révolution industrielle. Toute les nations disait la même chose mais dans leur langue et avec leur symboles. Car partout sur la terre, les humains ont essayé de répondre aux mêmes questions : « Qui suis-je ? Comment vivre en harmonie ? » L’étude de l’âme’’ est finalement l’équivalent de la spiritualité universel mais adapté à l’occident, car à la renaissance l’occident à redécouvert la dimension intérieure que l’église occultait et l’a donc rationalisée et adapté pour légitimer sa reconnaissance. La psychologie moderne base l’équilibre psychique sur différents aspect qui s’inter-engendre, s’influence entre eux mais qui a une base primordiale sans quoi, l’humain ne peut être équilibré. Bowlby et Ainsworth, psychiatre et psychologue, établissent dans leur « Théorie de l’attachement » cette fameuse base primordiale : L’être humain se développe correctement a condition d’avoir eu une base sécurisante pendant les premières années de sa vie. ’’Secure base’’ dans leur publication. Dés que nous acquerrons une conscience (dés la 24ème semaine de grosses de la mère) nous pouvons sentir l’absence ou la présence de cette base sécurisante, et cela influencera notre développement cognitif.
Scénario : la maman est enceinte et fait face a une situation de stresse, de tristesse, de colère ou de joie (ou alors, est en présence récurrente d’une personne qui présente qui procure ce bon ou mauvais sentiment à la mère), bébé le perçoit et peut en être imprégné en fonction de comment le déséquilibre est rétabli ou non.
Une personne ayant majoritairement vécu des expériences qui l’ont conduite à intérioriser une confiance en elle ou envers son environnement peut modifier ses conclusions si elle traverse davantage de situations perçues comme insécurisantes. Elle peut alors développer de la peur, chercher à se protéger et cesser d’évoluer. L’inverse est également vrai : des expériences sécurisantes peuvent renforcer la confiance et favoriser le développement.
Scénario : une adolescente a pour mission d’emmener son petit frère de quatre ans se coucher à 20 h. L’enfant regarde la télévision et refuse d’aller dormir. La grande sœur prend la télécommande, la cache derrière son dos, éteint le téléviseur et dit : « La télé est cassée ». L’enfant a pourtant vu que la télévision fonctionnait très bien une minute auparavant, et rien ne laisse penser qu’elle est réellement en panne. Deux sources d’information se contredisent : sa perception et celle de son environnement (sa grande sœur).
À cet âge, l’enfant n’a pas encore la maturité pour se dire que sa sœur ment. Il va plutôt remettre en question son propre jugement et intérioriser l’idée que ses perceptions ne sont pas fiables. S’il apprend que son jugement est moins fiable que la parole des autres, il pourra plus tard devenir dépendant d’autrui pour décider de ce qui est vrai ou sûr.
À l’inverse, si la grande sœur reconnaît la confusion de son petit frère et rétablit la vérité, elle valide sa perception. Sa confiance en lui-même se renforce alors, même s’il comprend que son environnement n’est pas toujours fiable. Il devra ensuite apprendre à distinguer quand faire confiance aux autres et quand se fier à lui-même.
Qu’est ce qui menace l’équilibre psychique et physique ? Un système inadapté à cet équilibre, un système basé sur la peur.
Économie ou Abondance ?
Nous voici à la fin de cet article. Qu’est-ce que l’on appelle un « système économique » ? On peut le définir comme le mode d’organisation de l’activité économique qui détermine la production, la consommation, l’utilisation et la distribution des ressources d’une société. Il influence notamment le niveau de vie, les inégalités et les relations entre pays.L’histoire montre que le système économique moderne dominant dans les régions occidentales s’est développé dans un contexte d’expansion impérialiste. Les grandes explorations, la colonisation, les empires marchands et l’esclavage ont fait du commerce un mécanisme d’expansion. La Révolution industrielle a ensuite nécessité une extraction massive de ressources et une main-d’œuvre abondante, souvent exploitée.
Aujourd’hui encore, l’économie repose largement sur des logiques capitalistes qui ne constituent pas toujours un outil neutre d’émancipation. L’endettement et la dépendance peuvent limiter l’autonomie réelle. À l’inverse, l’autonomie — au sens de la capacité d’une communauté à répondre à ses besoins — peut être perçue comme une voie vers davantage d’indépendance et d’équilibre. Se libérer de ces logiques est un processus long, qui commence par une évolution des mentalités. Ce travail est déjà porté par des générations qui questionnent le monde et prennent position dans leur quotidien. C’est un combat précieux. Chacun y contribue à sa manière. C’est dans cette réflexion collective que nous pouvons préserver notre équilibre, renforcer notre souveraineté intérieure et imaginer des formes d’organisation plus justes.
J’espère que nous nous rappelons tous, moi y compris, que nous avons le choix. Le système n’est pas plus légitime que notre équilibre vital. Nous avons notre mot à dire, mais ce n’est pas à la société moderne qu’il faut l’adresser : c’est à la part de nous-mêmes qui continue de participer à cette domination, en jouant le rôle du dominant, de l’assujetti ou du sauveur.
Kakumba M. C. Dina
Sources :
École :
– CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) ⎮www.cnrtl.fr
– Encylopaedia Britannica ⎮ http://www.britanica.com
– Histoire pour Tous ⎮ http://www.histoire-pour-tous.fr
– Khan Academy (Histoire européenne) ⎮ fr.khanacademy.org
– Radio France Culture (dossier sur la renaissance) ⎮www.radiofrance.fr
– BBC History ⎮www.bbc.com
– Encyclopédie de la révolution industrielle par Christine Rider, édition 1700-1920
– INRP (Institut National de Recherche Pédagogique) ⎮ francearchives.gouv.fr
– cairn.info
Bien-être :
– J’ai terminé les secondaires à L’institut Demot Couvreur en orientation Sciences Sociales et Éducatives (mes connaissances)
– Théorie de l’attachement : Handbook of Attachment 2008 (livre qui reprend les théories et recherches) : John Bowlby, Attachement and Loss, 1969-1980 ⎮ Mary Ainsworth, Patterns of Attachement, 1978
– Introduction à la médecine expérimentale, 1865, Claude Bernard ⎮ The Polyvagal Theory, 2011, Porges, Stephen ⎮ Motivation and Personnalité, 1954, Abraham Maslow (théorie des besoins fondamental) ⎮ Playing and Reality, 1971, Winnicott, D.W. (importance de l’environnement de la sécurité émotionnelle dans le développement) ⎮ The Developping Mind, 1999, Siegel, Daniel J.
(Neurobiologie de l’attachement et régulation émotionnelle)
Économie :
– Wikipédia (définition)
– Le robert ⎮ http://www.lerobert.com
– ONU (UN) (rapports sur la consommation mondiale et l’impact environnemental) ⎮ http://www.un.org
