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Gorée est une île de 28 hectares, située à 3,5 km de Dakar, attirant plus de 500 000 touristes par an. Bien qu’elle soit connue pour ses belles maisons colorées, ses artisans et ses peintres sableurs talentueux, elle cristallise l’histoire tragique du commerce des esclaves qui a eu lieu à l’ouest de l’Afrique pendant près de quatre siècles.
- Découverte de Gorée
Selon les Européens, Gorée fut découverte par les Portugais en 1444 et était initialement nommée Palma. Mais sans surprise, l’île avait été découverte bien avant par les Sénégalais eux-mêmes. L’historien Cheikh Anta Diop affirme que ce sont les pêcheurs qui furent les premiers à découvrir l’île et donc à la nommer “l’île de Beer”. Ce nom viendrait d’une plante locale dont les fruits, une fois consommés, auraient un effet enivrant.
L’île de Gorée fut occupée par plusieurs puissances coloniales. Les Portugais furent les premiers à s’y établir, suivis par les Hollandais en 1588. Ce sont d’ailleurs eux qui renommèrent l’île “Goede Reede”, signifiant “Bonne Rade”, en raison des excellentes conditions maritimes aux alentours. Ce n’est qu’après que les Français aient repris l’île qu’elle prit son nom actuel. Un amiral français, incapable de prononcer le nom néerlandais, choisit d’en simplifier la prononciation en combinant les premières lettres de chaque mot, donnant ainsi “Gorée”. Les Anglais occupèrent brièvement l’île avant qu’elle ne soit définitivement reprise par les Français jusqu’à l’indépendance du Sénégal.
Grâce à sa position stratégique, Gorée devint un point de transit majeur de la traite négrière, contribuant à la prospérité économique des colonisateurs. L’objectif de cette île était de capturer des hommes, des femmes et des enfants afin de les préparer à devenir esclaves pour les pays d’outre-mer.
Aujourd’hui, sur cette île, il ne reste qu’une seule maison d’esclaves parmi les 28 qui existaient autrefois. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1978, elle est l’un des derniers vestiges visibles de cette sombre période. Les 27 autres ont soit été détruites, soit transformées en propriétés privées.
- La maison des esclaves
La traite négrière à Gorée débute en 1536 sous l’occupation portugaise. L’île devient un centre stratégique du traffic d’esclaves, où les colons européens et certaines élites locales participent activement à la capture et à la vente de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Entassés dans des conditions insoutenables, les captifs y sont enfermés avant d’être embarqués pour les Amériques. Déshumanisés, ils perdent leur identité africaine, sont marqués au fer rouge et réduits à de simples marchandises.
- Fonctionnement
Les hommes , les femmes et les enfant étaient répartis dans 3 types de cellules distinctes :
- Les hommes constituaient la main-d’œuvre la plus recherchée par les négriers pour soutenir l’économie des colonies américaines. Choisis pour leur force et leur résistance, ils étaient enfermés par groupes d’une vingtaine dans des cellules exiguës de 2,60 m sur 2,60 m, enchaînés deux par deux, lestés de lourdes boules aux chevilles. Ils n’avaient droit qu’à une seule sortie par jour, soit pour se nourrir, soit pour faire leurs besoins. Parfois même, ils étaient contraints de les faire à même le sol de la cellule.
- Les enfants, dès leur capture, étaient entassés dans des cellules insalubres, allongés à même le sol, souvent torse nu. La mortalité y était extrêmement élevée. Pourtant, ils représentaient une valeur économique pour les négriers, et leur santé était surveillée avec attention avant leur expédition vers les Amériques. Ceux qui possédaient une bonne dentition et semblaient en bonne forme physique étaient considérés comme plus rentables et envoyés vers des destinations comme le Brésil ou Cuba, où ils étaient utilisés comme main-d’œuvre servile.
- Les femmes esclaves étaient soumises à une double oppression : exploitées à la fois comme main-d’œuvre et objets de convoitise. Elles étaient, elles aussi, enfermées dans des cellules et vendues. Contrairement aux autres captifs, elles avaient des toilettes dans leur cellule. Les plus jeunes et vierges avaient une valeur marchande plus élevée et étaient souvent envoyées aux Antilles comme domestiques ou concubines forcées. Certaines, enceintes des colons, devenaient “Signares” et donc affranchies. Une fois né, l’enfant possédait un statut plus élevé que la mère.

Les colons vivaient directement au-dessus des cellules des esclaves, menant leur quotidien dans l’indifférence totale aux souffrances qui se déroulaient sous leurs pieds. La cour d’entrée servait parfois de point de vente, où un enfant pouvait être échangé contre un miroir et une femme contre un fusil.
- La porte du voyage sans retour

Visible au loin, la célèbre “Porte du Voyage sans Retour” symbolise le dernier passage des esclaves avant leur départ irréversible vers un destin inconnu. Elle servait à transférer les esclaves depuis la maison jusqu’aux bateaux à l’aide d’un plancher qui les reliait.
Lors de ce transfert, certains esclaves tentaient de s’enfuir en sautant dans l’eau, mais en vain : enchaînés à de lourdes boules, ils coulaient immédiatement, entraînant à la mort leur binôme qui subissait le même sort. En franchissant cette porte, ils abandonnaient à jamais leur nom et leur identité.
Lors des traversées, si un esclave tombait malade, il était simplement jeté à la mer afin d’éviter une contagion et une perte économique pour les négriers.
- Conclusion
L’île de Gorée et sa Maison des Esclaves restent des témoins incontournables de la traite négrière, rappelant les souffrances endurées par des millions d’êtres humains. Ce lieu chargé d’histoire est devenu un symbole de mémoire, non seulement pour l’Afrique, mais pour le monde entier.
Préserver cette maison, c’est refuser l’oubli, c’est rappeler aux générations futures l’horreur de la traite négrière.
Cet article n’est qu’un aperçu de l’histoire, je vous invite à regarder ces vidéos pour en apprendre davantage !
https://youtu.be/KncFD11n9gA?si=YOBpmWv_9dBVWT16
Dieynaba
