« Lake Lanier » ou les vestiges d’une ville Afro-américaine ?

Tous les ans, la nouvelle tombe irrémédiablement : de nouveaux baigneurs se sont noyés ou ont disparu au Lake Lanier . Quand les plus superstitieux lui associent l’adjectif « hanté », les plus spirituels parlent d’« angry spirits », c’est-à-dire d’« esprits fâchés » peuplant ce lac. Tous s’accordent cependant sur une chose : « something is off about Lake Lanier », « quelque chose ne va pas avec le Lac Lanier ». Pourtant, peu sont ceux à entendre parler de ce lac.

Le Lake Lanier, d’une superficie de 150km² et d’une profondeur de 48 mètres, endroit de prédilection de quelques 7 millions de touristes par an, fait la fierté du Nord de la Géorgie. Bien que ce lac semble être un cadeau de la nature, il a en réalité été créé par l’Homme à la fin des années 1950. Ayant pour but de contrôler les flots de la rivière Chestea, sa principale source d’alimentation, ce lac alimente à son tour de nombreuses rivières en Géorgie, en Alabama et en Floride.

Le réchauffement climatique et les récentes périodes de sècheresse qui l’accompagnent sont, néanmoins, venues assombrir la destination de carte postale du lac. En effet, la baisse du niveau d’eau de ce réservoir s’est accompagnée de la révélation de son étrange passé. Certains ont alors affirmé avoir senti des objets frôlant leurs pieds tandis que les informations ont annoncé la découverte, à divers endroits, de vestiges évoquant d’anciennes installations humaines.

Les légendes et histoires terrifiantes firent alors place à une réalité tout aussi déplaisante. Ainsi il y a 70 ans, il existait sous le Lake Lanier une ville prospère, habitée par quelques 700 familles et dans laquelle se trouvaient un stade et de nombreux magasins qui, selon la légende, étaient majoritairement « black owned », c’est-à-dire majoritairement tenus par des afro-américains. Cette ville comptait également pas moins de 20 cimetières. Des rapports officiels expliquent que ces derniers, ainsi que les corps, ont été déplacés mais la rumeur ne cesse de croître, tout comme le nombre de plongeurs de profession affirmant avoir trouvé des corps dans ce lac. Le reste de la ville a été complètement coulé, faisant de ce lac un paradis touristique construit sur les ruines encore fumantes d’une ville fantôme.

Mais qu’en est-il du facteur racial qui n’est ni connu ni partagé par tous ?

Dans son livre « Blood at the Root », Patrick Phillips fait revivre les souvenirs d’une partie de la communauté afro-américaine qui alors se remémore et partage des souvenirs, sous fond de tension raciale. Ils se souviennent que dès 1912, à Forsyth County, dans le nord de l’état géorgien, plus de 1000 afro-américains avaient commencé à être déplacés par des groupes suprémacistes, au cours de ce que l’histoire appellera un processus de « nettoyage racial ». 

La légende dit alors que Forsyth County a été le début du dît nettoyage racial et que le Lake Lanier en était la dernière étape, une dizaine d’années seulement avant que Hosea Williams n’ouvre la marche de Selma. Cette marche annoncera, paradoxalement dans ce même Etat, une victoire sans précédent dans la lutte pour les droits civiques des afro-américains : la signature du Voting Rights Act de 1965, interdisant les discriminations raciales entravant l’inscription sur les listes électorales et l’exercice du droit de vote.

Des entretiens avec des habitants de la région d’Atlanta, nés dans les années 1950, appuient également la thèse selon laquelle le Lake Lanier a été construit sur les vestiges des corps de milliers d’afro-américains.

Jade DIAMÉ-BROCHE

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