La punition corporelle : outil éducatif ou maltraitance ?

Punition corporelle« Scary Belt » by Sarah-Grâce. 2018

Certains d’entre nous ont connu le fameux « apporte-moi la ceinture ! » de nos parents. Mais la question qui se pose est : sommes-nous aujourd’hui traumatisés par ces punitions corporelles? ont-elles été utiles à notre éducation ? Nous avons posé ces questions à quelques étudiants afro-descendants :  

Jennifer, 23 ans : « Bien sûr j’ai été corrigée fortement par mes parents. Jeune, ma mère me frappait avec des babouches, parfois elle me mettait du piment. Comment je voyais ça à l’époque ? Ca faisait très mal…, physiquement mais aussi mentalement. J’en arrivais même à penser que ma mère ne m’aimait pas. Quelquefois, j’ai même pensé qu’elle n’était pas ma vraie mère. Finalement, tout cela m’a traumatisée. J’étais un enfant qui pleurait tout le temps. Et, la communication avec ma mère a par conséquent été coupée car j’avais du mal à m’exprimer, j’avais du mal à donner mon ressenti. Tout cela a créé un environnement de peur. Maintenant avec le recul, oui ça a été bénéfique à mon éducation parce que je suis devenue quelqu’un de bien malgré tout. Après, je pense qu’ il y avait une autre manière de faire les choses c’est-à-dire m’expliquer avec des mots justes mes erreurs. Je pense donc qu’il y a d’autres moyens pour éduquer un enfant sans passer par la punition corporelle. »

Joseph, 19 ans : « J’ai été corrigé plusieurs fois par mes parents. Le dimanche était le jour où je me faisais le plus corriger car je me cachais dans le grenier pour ne pas aller à l’église ou alors je partais jouer à l’agora avec des potes et donc quand les darons me retrouvaient… yaya !  Je mangeais des coups de ceinture, des mbatas*, des patates et des délivrances en même temps. En étant jeune, je ne voyais pas l’intérêt de frapper ou de forcer quelqu’un à aller à l’église. Franchement j’avais le seum*. Mais avec le temps, je me dis qu’ils ont fait ce qu’il fallait avec l’enfant voyou, escroc et polygame que j’étais. Surtout que la discussion ne fonctionnait pas avec moi. Donc, je ne suis pas du tout traumatisé car cela a forgé la personne que je suis et ça a vraiment été bénéfique pour moi. Grâce à ma mère, j’ai appris  le respect des femmes avec des mbatas*. Avec du recul, c’est sûr que je ferai la même chose avec mes enfants, par contre je serai plus tolérant et plus ouvert à la discussion  ».  

Sarah 24 ans : « Oui, j’ai été corrigée, surtout par ma maman. C’est elle qui s’occupait de l’éducation. Mes parents sont originaires du Maroc, maman a baignée dans une éducation très culturelle c’est-à-dire que l’enfant est assez brimé, n’a pas vraiment son mot à dire. Cette éducation n’a pas vraiment l’intention de faire naître un esprit critique chez l’enfant par peur sans doute que l’enfant échappe aux parents. Papa a voulu rompre avec cette éducation culturelle pour ses enfants car il a bien compris que l’enfant avait besoin d’être épanoui pour pouvoir être équilibré et sûr de lui. C’était d’ailleurs, souvent un sujet de conflit entre mes parents. Donc étant petite, quand maman me corrigeait ce n’était jamais devant mon papa et parfois j’attendais que papa revienne du travail pour lui dire que maman m’avait corrigée. Quand je vois maman maintenant, je pense qu’elle avait compris que ce n’était pas la solution pour que l’enfant comprenne. Mais cela ne m’a pas vraiment traumatisée. En revanche, quand papa me criait dessus là c’était l’hécatombe pour moi. Heureusement qu’il le faisait que très rarement. Finalement, je pense que cela a été bénéfique car j’ai eu une excellente éducation que ce soit de mon papa qui me laissait parler et dire ce que je voulais ou de ma maman qui quelquefois me remettait à ma place. Enfin, je pense qu’avec mes enfants je choisirai un juste milieu : ma propre éducation c’est à dire, être à l’écoute de l’enfant, lui parler. Et quand il le faut le punir, surtout essayer de laisser place à la discussion afin de le corriger»

Bien qu’en Belgique la loi n’interdise pas explicitement aux parents d’infliger à leurs enfants des punitions corporelles, le débat autour de la limite entre le châtiment corporel et la maltraitance semble aujourd’hui encore d’actualité.

La punition corporelle  : phénomène culturel ou généralisé ?

La punition corporelle est un acte connu de tous et présent dans les cultures aussi bien occidentales, orientales que subsahariennes.

Les outils employés pour punir les enfants varient en fonction de la culture. De la fessée à la ceinture en passant par le piment ou le bâton en bois, à chaque culture son châtiment, bien que certaines de ces méthodes peuvent paraître barbares. Le fait même d’assimiler un objet comme la ceinture ou la babouche à un outil de torture peut avoir un impact traumatisant pour l’enfant.

Le manque de communication entre parent et enfant :  fléau de notre communauté ?

Le discours de ces jeunes étudiants se rejoignent sur un même point : le manque de communication entre les enfants et les parents.

L’éducation africaine est basée sur le respect et l’obéissance. L’enfant est en fait considéré comme un bien commun, se soumettant à une éducation venant de tous, il peut donc être corrigé ou puni par n’importe quel adulte impliqué de près ou de loin dans son éducation (oncles, tantes, grands frères, instituteurs, voisin, etc…). C’est ainsi que l’enfant est sous la protection et la responsabilité de plusieurs acteurs éducatifs et peut ne pas avoir son mot à dire.

Le but premier de la punition devrait être de corriger c’est-à-dire de faire comprendre à l’enfant  qu’il a fait une erreur afin qu’il s’améliore. Mais ne pas discuter avec l’enfant peut créer une incompréhension voire même altérer la communication entre le parent et l’enfant. Ce qui peut pousser l’enfant à se replier sur lui-même et le parent risquerait alors de passer à côté d’un mal-être.

La punition corporelle :  à partir d’un certain âge ?  Et jusqu’à quand ?

Il est bien évident que corriger un enfant d’un an ou deux ans semble plus s’apparenter à de la maltraitance qu’à de l’éducation. Durant les premières années de vie, les punitions corporelles augmentent les risques de mort subite (syndrome du bébé secoué), il serait même l’une des principales causes de troubles neurologiques chez l’enfant.

Si il est vrai qu’il n’y a pas d’âge limite fixé pour recevoir des châtiments corporels, il est toutefois intéressant de se demander si corriger un jeune adulte de 16-17 ans reste sensé ou même utile. A cet âge, l’éducation n’est-elle pas déjà faite ? Le caractère n’est-il pas déjà formé ?  Le taper n’aurait-il pas tendance au contraire à l’endurcir dans son attitude ? L’intention du parent est-elle encore réellement d’éduquer l’enfant, de l’aider à se construire ? Ou alors est-ce plutôt une manière de passer sa colère sur le jeune adulte ?

Face à toutes ces interrogations, le débat reste très controversé. Chaque parent à ses raisons de pratiquer ou non le châtiment corporel. Ce qui fait la complexité du sujet c’est sa subjectivité autant d’un point de vue culturel que social et personnel. Car, si pour certains, ces actes ont été semblables à de la maltraitance ayant engendré une forme de traumatisme, pour d’autres, cela semble avoir été bénéfique à leur éducation.

Et même si en Belgique, aucune loi n’interdit explicitement la punition corporelle, il est tout de même prévu une prohibition de toute forme de violence ou de négligence vis-à-vis des enfants qui pourrait s’apparenter à de la maltraitance.

Mais, puisque la limite reste encore fine, le débat est relancé entre les adeptes d’une éducation sans forme de violence et ceux qui sont favorables aux punitions corporelles.

Sarah – Grâce Bisselele

 

 

 

1 : mbatas : n. commun en lingala qui signifie la gifle ou fessée;

2 : avoir le seum : Être dégouté (expression nouvellement apparue dans le langage des jeunes générations, elle vient du mot arabe sèmm qui signifie venin.)

Une réflexion sur “La punition corporelle : outil éducatif ou maltraitance ?

  1. Personnellement, j’ai beaucoup souffert à cause de ma mère: Je me suis toujours considéré comme une enfant sage, et très obéissante envers ma mère. Mais il suffisait d’une seule petite chose pour que tout éclate. Ma mère attendait le bon moment pour me punir, car elle aimait ça ! Ca se voyait avec son sourire sadique quand je restais des heures à regarder le mur, avec les mains sur la tête. J’étais haute comme 3 pommes mais elle avait pas de limites. Je ne comptes pas toutes les fois où elle m’a foutu tellement de lignes à copier, que ça me faisait des pages entières ! Pourtant je faisais pas de grosses bêtises. Si j »écrivais pas rapidement avec une belle écriture, je continuais ! De toute façcon je savais jamais combien de temps j’étais punie. C’était quand elle le désirait ! Même un prisonnier sait le temps de sa peine ! Quand je pouvais achever ma punition, il fallait la remercier !
    Bref, ce sont que de petits détails, j’avais l’habitude. Mais parfois c’était pire: sous prétexte que je me frottais pas assez en me lavant, parfois j’ai dû me laver dans la cuisine, car ma mère pouvait me voir du salon. Elle me regardait.

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