De rêveur introverti à écrivain indépendant : Rencontre avec un auteur qui voit les choses en grand et ne s’autorise à avancer qu’À Pas D’éléphant

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Roronoa L. Kosi, 23ans, est l’auteur et éditeur indépendant du roman « À Pas D’éléphant » paru le 16 juillet 2018 et actuellement disponible sur Amazon. Bien qu’ayant grandi à Kinshasa dans une famille nombreuse, le jeune homme a toujours préféré la compagnie des livres, mangas et dessins animés. Il précise cependant qu’il n’a rien contre les humains et nous le prouve en acceptant de répondre à nos questions depuis l’Île Maurice où il poursuit des études de Marketing.

 

Pouvez-vous nous relater tout le processus de l’idée même du livre à sa parution?

« Depuis ma plus tendre enfance, raconter des histoires m’a toujours passionné. Que ce soit dans ma tête, quand j’étais en cours ou dans un cachier dans ma chambre. Mais un manque d’assurance m’empêchait de le faire pour un plus large public. En grandissant, j’ai gagné en confiance en moi et deux de mes amies à qui je faisais lire mes écrits m’ont motivé. Et c’est là que je me suis dit que j’allais écrire quelque chose qui me ressemble pour un premier livre, dans un environnement que je maîtrise un peu et qui est rarement exploité dans la littérature africaine. C’est-à-dire des jeunes comme on en trouve beaucoup à Kinshasa. Le reste s’est fait automatiquement. C’est comme si les idées venaient toutes seules. »

A-t-il été compliqué de trouver une maison d’édition ?

« Très bonne question. Je me suis auto-édité. Des proches m’ont demandé si je voulais le faire publier dans une maison d’édition mais j’ai refusé. Parce que je voulais savoir ce que ça fait de travailler de manière totalement indépendante d’abord. Pour avoir de l’expérience dans ce domaine en vue de créer ma propre maison d »édition d’ici plusieurs années. Le second roman, je le ferai publier par une maison d’édition, sans hésiter ! (Rires) »

(Rires). Pourquoi voulez-vous que le prochain soit le fruit d’une maison d’édition ?

« Parce ce que c’est très stressant de ne pas avoir l’avis d’un professionnel du domaine qui sait faire ressortir le potentiel d’une oeuvre et de son auteur. Et surtout les maisons d’édition bénéficient d’un très large réseau de librairies, journalistes etc. pour faciliter la promotion du livre. L’expérience fut toutefois très enrichissante. J’ai pu moi-même apprendre plusieurs techniques d’écriture et de style souvent réalisées par les correcteurs.
Lancer un livre en indépendant, c’est quelque chose que je conseille seulement à ceux qui ont beaucoup de temps devant eux. J’ai dû sacrifier plusieurs nuits de sommeil et arrêter mon travail à mi-temps pour m’y consacrer. Le plus gros inconvénient reste la promotion du livre. Il faut être présent à 100 % sur les réseaux sociaux et à l’extérieur pour promouvoir son oeuvre. Pourtant avec ce temps, je pourrais déjà écrire mon prochain livre ! (Rires) »

Suite à votre expérience, envisagez-vous toujours de créer votre propre maison d’édition ?

« Oui, j’y tiens énormément. Dans un premier temps, à Kinshasa et ensuite, dans toute l’Afrique. Je pense qu’avec l’aide de mes collaboratrices de l’association Tanga Rdc, on pourra y arriver. »

Pouvez-vous nous parler de Tanga Rdc ?

« Tanga Rdc est une association récemment créée qui a pour but de promouvoir l’éducation et le développement du Congo par la lecture. Chez Tanga, nous pensons que le développement d’un pays et de sa jeunesse ne peut se faire sans la connaissance que renferment les livres. Ainsi, nous récoltons des livres un peu partout afin de les donner à ceux qui ne peuvent pas en avoir et nous essayons aussi, tant bien que mal, de promouvoir la lecture auprès des jeunes !
N’importe qui peut envoyer n’importe quel type de livre, neuf ou pas. Il suffit de nous écrire sur notre page Facebook : Tanga Rdc. Ah oui, bien que nous soyons discrets, nous agissons en force. Un peu comme un dictionnaire au coin d’un table. (Rires) »

Pour quelqu’un comme vous qui a écrit et édité seul, qu’est-ce que ça vous fait d’entendre des phrases telles que « Si tu veux cacher quelque chose à un africain, mets-le dans un livre. » ? Que diriez-vous à la jeunesse africaine (et à sa diaspora) qui a peur de se lancer?

« Ça m’attriste beaucoup. Car je sais qu’il y a énormément de lecteurs mais ils sont étouffés. Mais je suis persuadé que c’est temporaire car si plusieurs jeunes africains prenaient leur plume et écrivaient des histoires pour les jeunes africains, les lecteurs ne seraient que plus nombreux. L’africain aime les belles histoires, je dirais même que c’est dans notre sang de créer et d’écouter des histoires. Si je peux dire un mot à la jeunesse, c’est : Foncez !
Du soutien, ils en auront et du talent, ils en ont. Je n’en doute pas une seconde. »

Diriez-vous que votre livre est largement inspiré de votre vie, voire autobiographique ou pas du tout?

« (Rires) On me pose beaucoup cette question. Le livre n’est pas du tout inspiré de ma vie. Je mentirais si je disais qu’il n’y avait pas une part de moi dedans mais les situations qui touchent les personnages sont arrivées à plusieurs personnes, dont moi. Je voulais que chacun puisse s’y retrouver afin de comprendre qu’il n’est pas seul et qu’il peut s’en sortir. »

Que voulez-vous faire comprendre ou ressentir à vos lecteurs dans ce livre et les prochains ?

« J’aimerais qu’en lisant mon livre, le lecteur puisse comprendre les douleurs, les peines et conditions dans lesquelles les congolais vivent. Je veux que celui qui me lit puisse passer un bon moment mais aussi apprendre sur les autres et sur lui même. Je pense fermement que la littérature est une arme de propagande puissante qui peut toucher directement le coeur et la conscience des lecteurs. À chacun de mes livres – et il y en aura un tas-, je traiterai de sujets à la fois communs et sensibles du peuple congolais et africain. »

Que diriez-vous pour convaincre un lecteur qui ne serait pas encore sûr, à ce stade de l’interview, d’acheter votre livre ?

« Tout d’abord, qu’il appréciera au moins trois des personnages principaux, si pas tous car ils reflètent chacun une douleur que l’on a tous que trop bien connue. Et ensuite, c’est l’occasion rêvée de voir Kinshasa dans une dimension plus réelle – et non exotique comme on trouve chez certains auteurs -. De plus, si le lecteur est un connaisseur de romans, je suis convaincu qu’il sera accroché dès la première page ! (Rires) »

 

Jessica Anadja Nsiona.

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