Hiplet ? Entre hip-hop et ballet, danse hybride.

 

 

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Créé en 2009 par Homer Hans Bryant à Chicago, le Hiplet est un nouveau style de danse né sur base du ballet mais auquel, outre la grâce de ce dernier, a été ajouté le rythme du hip-hop. En 2016, au Chicago Multiculural Dance Center, s’est tenu pour la première fois, une représentation de ces hiplet dancers.

L’idée de ce qu’on appelle aujourd’hui le Hiplet est née dans les années 1990 avec le « Rap Ballet ». Il s’agissait d’exécuter des mouvements, des pas de danse hip-hop (tels que le Running Man, le MoonWalk, et autres) mais sur pointes. Ce n’est que quelques années plus tard que Bryant pense à l’idée de rajouter des mouvements plus rythmés, pas forcément des pas de hip-hop mais juste des mouvements plus groovy à ce ballet trop strict, trop droit, trop carré. Même si des figures de ballerines sont faites, le hiplet reste plus libre, moins codé, plus ludique.

Le ballet est le cœur de cette danse hybride. Il est nécessaire pour les hiplets dancers d’avoir une formation de ballerine. Monter sur pointes est un travail de longue haleine et cela requiert des compétences techniques que l’on ne peut avoir si et seulement si on a été préparé à la danse classique.

Ces danseurs.ses font de la danse classique depuis leur plus jeune âge et sont aussi doués et talentueux que d’autres. Alors comment expliquer qu’on ne retrouve, dans ce nouveau style de danse, que des danseurs noir.e.s ? Ne nous méprenons pas, il n’y a pas là volonté de polémiquer sur quoi que ce soit mais de mettre le doigt sur quelque chose d’important.

Le Hiplet est une combinaison de danses « ethnographiquement » très différentes. Le ballet est typiquement européen alors que de l’autre côté, le hip-hop est originaire des ghettos noirs et latinos de New York.

Dans une interview, Zipporah Wilson, danseuse hiplet, s’est exprimée sur le sujet. Elle a toujours pensé qu’à cause à sa couleur de peau, elle ne pouvait pas faire du ballet. C’est en faisant du Hiplet qu’elle s’est sentie plus à l’aise, qu’elle a compris qu’elle pouvait faire tout ce qu’elle voulait.

Parmi les milliards de personnes qui vivent ce rejet des institutions à cause de leur couleur de peau, prenons l’exemple de Nina Simone. Nina Simone était une pianiste, chanteuse mais aussi militante pour la reconnaissance des droits aux Noirs américains. Son militantisme s’exprimait à travers sa musique mais pas que.

Dans une interview d’octobre 1991, cette dernière expliqua qu’elle n’avait pas pu entrer à l’Institut de musique de Philadelphie pour faire des études de musique classique en raison de sa couleur de peau. Bien que ce fut difficile, cela ne l’a pas empêché d’avoir une longue carrière de musicienne.

Aujourd’hui les choses changent, le racisme aux États-Unis est encore bien là mais est différent de celui des années 50. Les jeunes de nos jours peuvent faire ce qu’ils veulent et si ce n’est pas le cas, ils créent des alternatives pour pallier à ce manque. Comme ces hiplet dancers. Le Hiplet est un moyen, pour ces danseurs.ses noires, de trouver une place dans un enseignement élitiste qui leur est fermé.

Il est clair que la danse classique est encore un monde dans lequel les danseurs africains, noirs sont très peu nombreux. Souvent, elle est codifiée sur base d’un corps, un physique type, basée sur la verticalité, l’uniformité du corps. En conséquence, les morphologies plus voluptueuses n’entrent pas dans cette catégorie.

Il est difficile pour certaines afro-américaines de se faire une place. Cela a été le cas pour Misty Copeland, Michaela DePrince et Precious Adams. Petite et musclée, Noire ou atteinte de vitiligo, elles ont dû travailler plus que les autres, faire abstraction des remarques sur leurs caractéristiques physiques. S’entendre dire qu’ « on ne mise pas sur les filles noires car quand elles grandissent elles grossissent », « [t]a couleur de peau ne convient pas au ballet et surtout pas pour Le Lac des cygnes » ou encore « essaye de frotter le noir » comprenez pour avoir le teinte plus clair, pour pouvoir percer dans le monde dans la danse classique.

Respectivement en 2015, 2016 et 2017, elles ont été nommées par leur école de danse. Ça illustre bien ce que le créateur de la première école de ballet afro-américaine, Arthur Mitchell (je vous invite à lire l’article qui lui est consacré sur le binakuko) disait : « Un artiste de scène se distingue par son talent et non par la couleur de sa peau ».

Il s’agit là de filles talentueuses et dont le talent est récompensé sur les réseaux sociaux par des vidéos de leur performance atteignant des millions de vues. Bryant a réussi à créer une danse dans laquelle ces filles sont en confiance, ne sont mal vues à cause de leur couleur, elles sont elles-mêmes. Il a créé une danse qui ne discrimine pas.

À bon entendeur,

Une pianiste et danseuse,

Thorique Bénie NKASIA.

 

 

Témoignage Nina Simone : https://www.ina.fr/video/I08037357/nina-simone-video.html

Témoignage Zipporah Wilson : https://www.youtube.com/watch?v=lxvUfgAKZi8&t=37s

Crédit photo : https://www.facebook.com/hipletballerinas/photos/a.755906957884459/851094945032326/?type=3&theater

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