La dot : commerce ou tradition ?

11.12 La dot

Dès l’instant où nous évoquons le mot « dot », nous pensons au geste symbolique d’engagement grâce auquel deux êtres s’uniront devant leurs familles lors du mariage coutumier. La dot évolue en même temps que la société. Actuellement, elle est représentée par une série de choses notamment la dot « liquide » (somme d’argent) et la dot symbolique (les biens). Ce symbole perd peu à peu son sens, se transformant en commerce pour certaines familles au vu de la quantité des biens demandés. Est-ce une bonne manière de faire ? Suivons-nous réellement la tradition que nos ancêtres nous ont laissée ? La dot respecte-t-elle toujours son but premier ?

La dot est « un procédé de négociation formel et complexe entre les deux familles pour parvenir à une entendue mutuelle sur le prix et les biens que le futur époux aura à verser pour pouvoir épouser la futur épouse ». C’est une coutume qui se suffit à elle-même unissant deux personnes, hors du mariage civil ou religieux.

Initialement, la dot était marquée par une rencontre des deux familles, leur permettant d’échanger et de se connaître. Cette rencontre est souvent initiée par la famille du jeune homme désireux de rencontrer la famille de la jeune femme. La question souvent posée à la famille de celui-ci est « quel est le but de votre arrivée chez nous ? ». L’échange commence alors et se clôture par une promesse d’envoi de la liste dotale.

Nos aïeux se sont unis avec, comme dot, des objets symboliques conventionnels respectant la tradition et la coutume, sans débordement aucun. Cet apport servait à approuver les mariages coutumiers dans la majorité des sociétés africaines, renforçant les nouveaux liens familiaux créés par le mariage et légitimant les enfants nés de cette union.

Rappelons-le, le « oui conjugal » africain n’unit pas seulement le futur époux à sa future épouse mais bien les deux familles.

D’après la sociologue et féministe française d’origine guinéenne Fatou Sow, « verser ou accepter une dot, c’est comme dire « oui » devant le maire ».

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Dans certains pays d’Afrique tels que le Burkina Faso (art. 244 du code de la famille) et la Côte d’Ivoire (art. 20 de la loi d’octobre 1964) la dot est interdite. Elle est, par contre, obligatoire dans d’autres pays comme la République Démocratique du Congo, le Djibouti et le Cameroun.

La dot a beaucoup évolué depuis lors. On assiste aujourd’hui à un changement de tradition qui tend plus vers une opération commerciale, en ce sens où elle est considérée comme une forme de marchandisation de la femme. Certaines familles profitent de cette cérémonie pour demander des biens qu’ils ne seraient pas en mesure de s’offrir. Ils constituent une liste sur laquelle on peut parfois trouver des sommes d’argent astronomiques, des appareils électroniques, des bijoux, des vêtements traditionnels, etc. Si l’on prend en compte l’ensemble des biens se trouvant sur cette liste, cela peut parfois atteindre une sacrée somme que la famille du futur époux n’est pas en mesure de donner.

Quelques fois, selon la place qu’occupe la jeune fille dans sa famille (aînée, cadette, benjamine ou encore fille unique), le niveau d’études qu’elle a atteint et ce qu’elle a déjà accompli avant de trouver son futur époux, la liste de biens à donner peut augmenter. Si bien que certains jeunes n’arrivent plus à se marier car ils n’ont pas suffisamment de moyens pour honorer la femme qu’ils désirent.

Aujourd’hui, la dot est perçue comme un moyen d’enrichissement pour certaines familles. Dû à cela, cette tradition a perdu de sa simplicité ainsi que sa forme d’origine. Et cela pour laisser une forme de commerce mettant en avant le bien matériel en oubliant l’importance et la place de la femme dans cette union.

La dépendance de la femme

Suite au montant élevé que peut représenter la dot, une fois la cérémonie achevée, certains hommes pensent que leurs épouses ont une « dette », et pour la rembourser, celles-ci doivent être respectueuses et obéissantes, poussant parfois ces époux à être violents sous prétexte qu’elles leur appartiennent au vu du montant qu’ils ont dû payer.

Le paiement de la dot est également associé à la perception de la femme comme étant une « propriété acquise » sur laquelle l’homme exerce une autorité et un contrôle absolus en délaissant la symbolique première de cette pratique qui, rappelons-le, représente un élément déterminant du mariage coutumier.

N’oublions jamais que la femme n’est ni un produit à vendre ni un bien à posséder à tout prix ni un être inférieur mais bien une personne humaine, au même titre que l’homme.

 

En conclusion, nous pouvons nous rendre compte que la dot perd peu à peu son sens en ne respectant plus son but premier et en oubliant de suivre les pas de nos ancêtres. Cette belle tradition est devenue un commerce insensé laissant place à toutes sortes d’excès et ceci n’est clairement pas la bonne manière de faire.

 

Noémie Ayaya

 

Crédit image : http://www.libreafrique.org/Baffouri-Adjei-dot-au-ghana-et-alienation-de-la-femme-140819

Sources : 

 

 

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