Afro-descendant.e.s et Queer : où en sommes-nous ?

Si vous fréquentez la communauté afro-descendante, vous avez sûrement déjà entendu ce genre de phrases, que ce soit de la bouche d’un parent ou de celle d’un.e ami.e. : « Non, ça c’est un truc de Blancs ! Il n’y a pas de ça chez nous » ou encore « C’est la maladie des Blancs ! ». Certains ont même fini par internaliser le fait que la queerphobie serait peut-être enracinée depuis la nuit des temps au sein de nos cultures. Mais qu’est-ce que la queerphobie ? Ce terme désigne le rejet de toute personne « queer », un anglicisme qui signifie littéralement « étrange, bizarre » et qui a été réapproprié par les membres de la communauté LGBTQ+ afin de désigner toutes les minorités sexuelles et de genre.

En partant de cela, cet article va essayer de faire découvrir au mieux six personnalités afro-descendantes et queer. Cette courte présentation sera ensuite accompagnée d’une brève introduction sur la condition de la communauté queer au sein du pays d’origine de la personne présentée.

MWANGA II, Kabaka du Bouganda, et l’actuel Ouganda

Le 31ème Kabaka, c’est-à-dire Roi, du Bouganda a régné sur le royaume de 1884 à 1888 puis de 1889 à 1897. Agé de seulement 16 ans lors de son intronisation, il se retrouva en plein milieu des conflits religieux instigués par son père, Muteesa 1er. Mwanga II, étant lui-même opposé à la montée du christianisme au sein de son royaume, notamment parce que sa bisexualité était considérée comme un péché dans la religion, mena des persécutions afin que ces sujets nouvellement convertis abandonnent leur foi. Roi sanguinaire, il alla jusqu’à brûler vifs plusieurs dizaines d’hommes convertis au christianisme et qui sont aujourd’hui connus comme étant les « Martyrs de l’Ouganda ». Dans ce pays, l’homosexualité est aujourd’hui pénalisée. Seule l’entrée à l’armée n’est pas légalement interdite aux personnes queer, bien que les discriminations compliquent le fait qu’ils disposent d’une présence « ouvertement libre ». Des peines de prison à vie peuvent également être prononcées pour les personnes accusées d’actes consensuels entre adultes de même sexe. En 2009, le président Yoweri Museveni avait ainsi proposé une loi contre l’homosexualité, (« the Anti-Homosexuality Bill ») qui fût décriée à l’international avant d’être rejetée, faute d’un nombre suffisant de signataires.

Abdellah TAÏA et le Maroc

Né et ayant grandi à Salé, sur les rives opposées de Rabat, Abdellah Taïa est un écrivain et réalisateur gay. D’origine modeste, il est le dernier d’une famille de neuf enfants. Son homosexualité, l’artiste marocain a dû apprendre à vivre avec. Ayant subi de nombreux abus, il finira par partir étudier en France où il se lancera dans l’écriture. Il ira jusqu’à gagner en 2010 le Prix de Flore, un célèbre prix littéraire français. Aujourd’hui, il continue de lutter contre l’homophobie, le racisme et l’islamophobie au sein des communautés africaine, arabe et française dans sa globalité. L’homosexualité est toujours déclarée comme illégale au Maroc, puisqu’une peine allant de 6 mois à 3 ans de prison peut être infligée aux citoyens jugés coupables d’actes consensuels entre adultes de même sexe. De plus, aucune protection ni reconnaissance n’y est accordée aux membres de la communauté queer.

Titica, le Congo et l’Angola

La « Rainha do Kuduro » est une chanteuse transgenre, d’origine angolaise et congolaise, populaire mondialement, qui a notamment collaboré avec C4 Pedro, Ary et Pablo Vittar, pour n’en citer que quelques-uns. Elle fût également nommée « meilleure artiste Kuduro » en 2011, prix qu’elle reçu des mains de l’ex-président angolais José Eduardo dos Santos. Plus jeune, elle dû faire face au rejet de sa famille quand son identité queer finit par ne plus être un secret. Titica s’est toujours ouvertement exprimée sur la cause de la communauté LGBTQ+, que ce soit dans ses chansons ou grâce à son rôle d’ambassadrice bénévole d’ONUSIDA. La République du Congo n’a, à ce jour, jamais légalement criminalisé les actes consensuels entre adultes du même sexe. Mais le pays ne reconnait toujours pas les mariages homosexuels comme étant légaux. Il n’existe pas non plus de protection face aux discriminations liées à une identité sexuelle ou de genre. L’Angola, quant à elle, fait un pas vers plus de tolérance puisque les actes consensuels entre adultes du même sexe sont décriminalisés et les discriminations sur base de l’orientation sexuelle interdites depuis début février 2021. En revanche, les mariages homosexuels ainsi que l’adoption par des couples homoparentaux restent encore interdits, et la thérapie de conversion n’est toujours pas bannie non plus.

Bilal HASSANI et la France

Le jeune artiste d’origine marocaine s’est fait connaître en participant à The Voice Kids 2015, et plus encore à travers sa chaîne YouTube, avant de représenter la France à l’Eurovision 2019. À seulement 21 ans, son parcours musical est déjà impressionnant, notamment de par son succès soudain à l’international. Mais en parallèle, il subit du harcèlement sur les réseaux sociaux ainsi que dans les médias, jusqu’au point de recevoir des menaces de mort. Toutefois, cela n’empêchera pas la sortie d’albums et de singles, ainsi que de nombreuses nominations dans des cérémonies de récompenses musicales. Aujourd’hui, Bilal Hassani continue d’utiliser son art pour parler de thématiques telles que le harcèlement scolaire ou l’acceptation de soi. En France, l’homosexualité n’est plus criminalisée depuis 1791 mais cela ne rime pas forcément avec tolérance. En effet, l’association « SOS homophobie » fait l’état d’une hausse continue de témoignages d’agressions à caractère queerphobique pour la 4e année de suite en 2019. A cela s’ajoute la décision du Sénat d’interdire la Procréation Médicalement Assistée aux femmes célibataires ou encore aux couples homoparentaux. 

BeBe ZAHARA BENET et le Cameroun

Si l’émission « RuPaul’s Drag Race » vous dit quelque chose, alors vous avez certainement entendu parler de la première « queen » à avoir remporté la compétition. Nea Marshall Kudi Ngwa, de son vrai nom, est une artiste multi-facettes : drag-queen, personnalité TV et chanteuse. Ses origines camerounaises resteront une influence importante dans sa carrière et se reflètent dans l’ensemble de son travail. En 2009, lorsque BeBe gagna la première saison du « RuPaul’s Drag Race », elle devint une véritable personnalité publique en parallèle de sa carrière de chanteuse : elle enchaîna ainsi émissions télévisées avec la sortie de nombreux singles et albums. L’homosexualité est considérée comme illégale au Cameroun. Il n’existe aucune protection ni reconnaissance pour les membres de la communauté queer, vulnérables face aux violences physiques et condamnations pénales dont ils font l’objet. Entre 2016 et 2018, il y aurait eu au moins 1.800 rapports d’arrestations, d’extorsions et de violences sur base de l’orientation sexuelle commises par les autorités camerounaises.

Ludovic-Mohamed ZAHED et l’Algérie

Pour contraster avec les personnalités présentées ci-dessus, Ludovic-Mohamed Zahed est un homme qui fût un pionnier sur de nombreux points. Né en 1977 à Alger, il est le premier homme de confession musulmane et de nationalité française marié religieusement à un autre homme. Il est également le premier imam ouvertement gay mais aussi le fondateur de la première mosquée inclusive d’Europe, à Paris. Cet homme souhaiterait aller encore plus loin dans le processus d’inclusion en instaurant la mixité hommes-femmes durant les temps de prière mais aussi en formant des imams indépendamment de leurs genre ou orientation sexuelle. Il estime que la misogynie et l’homophobie sont contraires aux valeurs de l’Islam et signera par ailleurs un texte plaidant en faveur de l’abolition des thérapies de conversion. La condition LGBTQ+ en France étant déjà présentée plus haut, celle de l’Algérie sera mise en lumière. L’homosexualité y est, là aussi, criminalisée. Il n’y existe non plus ni protection ni reconnaissance pour les personnes queer. Celles-ci sont même susceptibles de recevoir la même peine qu’une personne jugée coupable d’actes « d’indécence publique », soit jusqu’à 2 ans d’emprisonnement.

Le traitement pénal de la communauté LGTBQ+ à travers le monde démontre qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire avant de parvenir à une égalité totale. Que ce soit pour des convictions religieuses ou non, traiter quelqu’un différemment sur la seule base de son orientation sexuelle et de son identité de genre constitue de la discrimination. La lutte contre le racisme doit rassembler et non pas créer des divisions au sein même de la communauté afro-descendante. Avoir des comportements ou propos homophobes reviendrait à appliquer cette même forme de discrimination que celle infligée aux minorités ethniques.

Dolinda NKANU-NDOMBELE

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