L’Afrique, cimetière des tacots de l’Occident

Selon une étude menée par l’Organisation des Nations Unies, entre 2015 et 2018, 14 millions de voitures de piètre état ont été exportées de l’Europe ainsi que du Japon et des États-Unis. La problématique pointée du doigt dans cet article réside dans le fait que 4 sur 5 de ces véhicules ont été exportés vers l’Afrique. Ce phénomène cause, à terme, la présence d’« environ 85% de véhicules d’occasion en Éthiopie, 80% au Kenya et 90% au Nigeria alors que le taux de possession de véhicules en Afrique est inférieur à la moyenne mondiale. Le taux de croissance a donc fortement augmenté ».

Comparatif de l’évolution du nombre de véhicules d’occasions entre les pays membres et ceux non-membres de l’OCDE, Organisation de coopération et de développement économiques

Quelles en sont les conséquences ?

Il est important de savoir que la plupart de ces véhicules sont très polluants, vieux, énergivores et surtout dangereux. En effet, « selon les chiffres de l’ONU, 3.500 personnes sont tuées sur les routes du monde chaque jour. Cela en fait la première cause de mortalité chez les 15-29 ans et la huitième cause de décès sur le plan mondial, tous les âges confondus ».

Par ailleurs, les normes environnementales fixées par l’ONU sont difficilement atteignables par les pays du Sud, en partie à cause du fait que l’Occident exporte énormément de voitures diesel qui ont échoué lors des tests en matière de sécurité et de normes de pollution dans leur pays d’origine. Malgré ces éléments défavorables, ce sont ces véhicules-là qui sont exportés en Afrique. De plus, ces voitures rejettent également des particules fines et de l’oxyde d’azote, qui constituent des sources importantes de pollution atmosphérique dans de nombreuses villes. « La communauté mondiale qui a, à maintes reprises, exprimé sa profonde préoccupation face à la détérioration de la qualité de l’air dans le monde du Sud, ne peut plus se détourner de ce problème de dumping. Si cela continue sans contrôle, sans que les pays exportateurs se partagent la responsabilité de résoudre ce problème, les pays les plus pauvres ne pourront pas atteindre leurs objectifs en matière d’air pur et d’atténuation du climat ».

Une des autres conséquences est le cas de la montée progressive des exportations. Ainsi, dans une trentaine de pays africains, dont le Zimbabwe, plusieurs voitures ont un âge qui dépasse l’entendement. Il n’y existe aucune limitation d’âge en ce qui concerne les voitures, ce qui est de nature à poser un problème de taille. Outre le fait qu’elles ne respectent ni les normes de sécurité routière ni les normes environnementales, beaucoup de ces voitures ont été trafiquées et se sont vues retirer des équipements importants. « Ils ont coupé les convertisseurs catalytiques, parce que la valeur du platine vaut 500 dollars. Ils mettent un morceau de tuyau en acier et le ressoudent. Ils ont retiré illégalement les airbags, parce qu’ils ont une valeur en Europe, ils ont retiré illégalement le système de freinage antiblocage parce qu’il a une certaine valeur et qu’il est vendu sur le marché noir » a déclaré Rob de Jong, qui est à la tête de l’unité des transports du programme des Nations Unies pour l’environnement.

En termes de solutions

Selon l’Agence internationale de l’énergie, « d’ici 2050, l’essentiel de la croissance du marché automobile se fera dans les pays en voie de développement. Les marchés des pays développés membres de l’OCDE sont en effet saturés ». De ce fait, il est important de trouver des solutions à long terme pour que cette croissance s’effectue au mieux et dans de bonnes conditions.

Pour cela, il faudrait tout d’abord que l’Occident arrête ses pratiques non éthiques en exportant des voitures qui ne respectent même pas la norme EURO 4 et dont la mise en circulation date au minimum du 1er janvier 2006. Il est aussi primordial d’effectuer des contrôles réguliers dans des ports tels que ceux d’Anvers ou encore des Pays-Bas à partir desquels bon nombre de ces voitures sont exportées. Ainsi, « une inspection menée dans le port d’Amsterdam en 2019 avait montré que les véhicules sur le point d’embarquer étaient âgés de 18 ans en moyenne, avec des compteurs dépassant les 200.000 km ».

D’un autre côté, pourquoi les pays africains ont-ils pris autant de temps pour fixer des règles et des normes à ce propos ? Nous n’avons aucune réponse à cette question, mais il est important de souligner le travail des bons élèves, qui montrent l’exemple en avançant dans la bonne direction.

Par exemple, le Maroc, qui interdit déjà l’exportation des voitures vieilles de plus de 5 ans ou de plus de 8 ans pour le Kenya. Au Ghana, le maximum est fixé à 10 ans. Ce qui est aussi intéressant dans ce pays, c’est que de nombreux constructeurs tels que Nissan, Toyota ou Volkswagen y sont présents, créant donc de l’emploi dans le secteur et produisant des voitures récentes répondant aux normes environnementales et de sécurité.

Au niveau régional, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui représente 15 pays, a fixé des normes pour des carburants et des véhicules plus propres à partir de janvier 2021.

Aussi nobles et louables que soient toutes ces belles paroles, elles se heurtent au mur de la réalité. Si les pays évoqués plus haut se montrent friands de ces vieux modèles et laissent couler, peu importe les conséquences, c’est avant tout parce que leur population n’a ni les moyens de s’offrir des nouveautés répondant aux dernières normes, ni les moyens ou les capacités techniques de les entretenir. De ce fait le progrès, c’est bien, mais à quel prix ?

Jonathan MUBIAY

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