Couleur de peau : potentiel synonyme de biais de diagnostic ?

Existe-il un lien entre la représentation et la littérature médicale ?
La plupart des livres scientifiques sont faits pour diagnostiquer les personnes à la peau blanche qui est utilisée comme référence. A priori, nous nous situons en Occident et cela ne semble donc pas problématique. Cependant, dans notre ère, les sociétés sont multiculturelles et ainsi constituées de personnes issues de divers horizons.

Ceci est la raison pour laquelle il est interpellant d’observer que la plupart des étudiants dans le domaine de la santé n’apprennent qu’à diagnostiquer une peau blanche. En effet, certains symptômes n’apparaissent pas de la même façon sur tous les types de peau. De surcroît, elles ne sont pas toutes sujettes aux mêmes types de problèmes. Par exemple, l’un des symptômes de la maladie inflammatoire de Kawasaki est l’apparition d’éruptions cutanées qui se manifestent par des plaques rouges sur le corps. Celles-ci sont aisément reconnaissables sur une peau blanche, ce qui n’est pas le cas pour les carnations les plus foncées car les éruptions ne sont pas colorées et les yeux les moins aguerris y verrons juste une simple chair de poule.

Ce manque de diversité dans la littérature médicale pourrait être synonyme de manquements dans l’éducation mais aussi de biais dans les diagnostics et ainsi avoir des conséquences désastreuses sur la prise en charge des patients dits « de couleur ».

De nombreuses études montrent des disparités dans les systèmes de santé face aux minorités et les chercheurs tentent d’en expliquer les causes, évoquant les déficits de représentation dans la littérature médicale. Pour illustrer ce cas de figure, on peut, par exemple, citer le travail de deux sociologues canadiennes, Patricia Louie et Rima Wilkes, qui ont analysé plusieurs livres de référence recommandés et très utilisés par les professeurs dans le secteur de la santé, dont l’ouvrage « Gray’s Anatomy ».

De leurs recherches, en tenant compte de la distribution en termes de proportions de population aux Etats-Unis, il ressort une surreprésentation des teints clairs (75%) et par conséquent, une sous-représentation des teints foncés (5%). Les deux sociologues soulignent aussi une absence de diversité en termes de nuances de couleurs de peau. Notez qu’en Afrique du Sud, Madame Louie a soulevé que les manuels adoptés dans les meilleures écoles de médecine sont principalement illustrés de corps blancs, là où la population est majoritairement noire.

Cette question interpelle certaines personnes. De ce fait, plusieurs initiatives voient le jour. C’est notamment le cas avec Malone Mukwende, étudiant en médecine à l’université de Saint-Georges à Londres, qui ne cessait, pendant ses cours, de se questionner vis-à-vis de l’apparence de certains symptômes sur des peaux plus foncées. Le jeune zimbabwéen était convaincu que cela poserait problème dans la prise en charge des patients de même couleur de peau que lui, ou plus foncée. Ainsi, ce dernier déplora le manque d’illustrations sur divers types de peau, soulignant les différences mais aussi l’absence d’éducation des étudiants vis-à-vis des terminologies correctes afin de décrire les peaux plus foncées. Pour tenter de pallier cette problématique, avec l’aide de ses professeurs, le jeune homme décida d’écrire un livre intitulé « Mind the Gap ». Cet ouvrage contient beaucoup de photos cliniques, dans le but d’améliorer les diagnostics. Même si ce n’est pas la première publication de ce genre, ce bouquin a le mérite d’être dynamique et participatif. Effectivement, toute personne qui le désire, a la possibilité d’envoyer des images de signes cliniques sur le site créé à cet effet.

Pour en apprendre d’avantage sur le sujet, d’autres actions voient le jour sur les réseaux sociaux, principalement sur Instagram. On retrouve entre autres des comptes tels que @brownskinmatters, qui affiche un feed rempli de photos cliniques, ou encore des comptes de nombreux dermatologues spécialisés dans le traitement des peaux noires, comme @brownskinderm, qui n’hésitent pas à donner des conseils sur l’entretien de celles-ci. Concernant les livres, il existe « The dermatology atlas for skin of color » écrit par Diane Jackson-Richards et Amit G. Pandya ou encore « Ethnic Dermatology : Principles and Practice » écrit par Ophelia E. Dadzie, Andrew F. Alexis et Antoine Petit.

Jeanne NSENGA

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