COP26 et Afrique : à quoi peut-on s’attendre ?

Depuis le 31/10 se déroule à Glasgow la 26ème Conférence des parties sur le climat, la COP26. Durant deux semaines, des représentants d’états du monde entier brosseront un portrait de la situation climatique et prendront (ou renouvelleront) leurs engagements en faveur d’une réduction maximale des effets du changement climatique.

En effet, le rapport du GIEC publié en août dernier (et consultable ici) nous a informés qu’il nous est désormais impossible de faire machine arrière en ce qui concerne le réchauffement global et ses effets. Le mieux que nous puissions faire actuellement est d’assurer un « dérapage contrôlé », c’est-à-dire stabiliser la situation en réduisant drastiquement voire en stoppant dès maintenant toute activité à grande échelle néfaste à l’environnement (extractions minières, rejet excessif de CO2 dans l’atmosphère, pollution des cours d’eau, épandage de pesticides, etc.). Même dans ce scénario idéal, il faudrait des décennies pour rétablir un équilibre naturel, celui-ci étant perturbé depuis la révolution industrielle du XIXème siècle.

Quid des pays du Sud ?

Bien que le lien entre l’activité humaine et les dégradations du climat ne soit plus à prouver, nous ne sommes pas tous égaux face à cette catastrophe. Ceux qui polluent le plus ne sont pas ceux qui subissent les effets du changement climatique de plein fouet (cfr cet article). À titre d’exemple, le continent africain représente 17% de la population mondiale mais n’est responsable que de 4% des émissions de CO2. En parallèle, la Chine à elle seule représente 18% de la population mondiale et est responsable de plus de 25% des émissions de GES. Cette dernière brille toutefois par son absence à Glasgow, au même titre que la Russie et le Brésil. 

L’enjeu de cette COP26 est donc multiple. Au niveau environnemental, il s’agit bien évidemment de prendre des mesures afin de minimiser l’impact de l’activité humaine sur les écosystèmes à toutes les échelles : le/la citoyen.ne, l’État, les entreprises, les multinationales. Au niveau politique, il est question d’accords entre parties et de compensations financières pour plus de justice climatique et d’équité.

Mais alors, quelles sont les revendications de l’Afrique à ce sommet mondial du climat ? 

1) Plus de transparence

En effet, les engagements non tenus par les pays les plus pollueurs et la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris (sous l’administration Trump) impactent directement le continent africain dont la température moyenne augmente plus rapidement qu’au niveau mondial. Les catastrophes naturelles, inondations et sécheresses intenses, tendent par ailleurs à s’y intensifier. Tanguy Gahouma, négociateur-en-chef pour le groupe Afrique lors de la COP26 entend enjoindre les pays riches de publier des rapports annuels afin d’améliorer la transparence « à la fois sur la réduction des émissions mais aussi sur le financement ». 

2) Le financement

Lors de la COP15 à Copenhague en 2009, les pays les plus développés s’engageaient à verser, à partir de l’année 2020, la modique somme de $100 milliards de dollars par an à l’ensemble des pays en développement. D’une part pour les assister dans leur lutte face aux changements climatiques et d’autre part, plus symboliquement, parce qu’ils sont historiquement responsables de la situation que nous connaissons aujourd’hui. Prise il y a 12 ans et devenue obligatoire en 2015, cette mesure devait prendre cours à partir de l’année 2020. Pour l’instant, le bilan est en-deçà des promesses. Seul 80% de la somme promise a été libéré, une fois et sous forme de prêt – et non de dons. Il s’agit donc d’une dette en plus et non de la subvention promise. En outre, les pays riches ont déclaré qu’ils n’auraient la capacité de mobiliser les 100 milliards par an qu’à partir de 2023… soit 14 ans après le moment où ce montant a été fixé. Attention, il n’est pas question ici d’aide publique au développement ni de faire l’aumône, mais bien d’aider les pays les moins pollueurs à faire face aux dégâts causés à l’autre bout du monde. Le groupe de négociateurs africains entend donc faire pression lors de la COP26 et remettre le sujet sur la table afin de mettre la communauté internationale face à ses responsabilités.

Les premières décisions 

Pour l’heure, une première mesure majeure de cette COP a été annoncée : une centaine d’états se sont engagés à stopper et inverser la déforestation d’ici 2030. Parmi les 122 signataires de cette déclaration, on retrouve une trentaine d’états africains parmi lesquels la RDC, le Gabon ou encore le Madagascar. Si cette nouvelle est réjouissante, elle doit néanmoins s’accompagner d’une réflexion de fond quant au modèle de développement à adopter pour les pays du continent dans un avenir proche.  En effet, la cessation de l’exploitation des forêts, des mines et des énergies fossiles serait une bonne nouvelle au niveau global. Cependant, il serait illusoire de penser qu’une partie du monde ralentira son développement pour le bien commun. Exiger cela des pays en développement serait d’ailleurs immoral et ne ferait que creuser le fossé déjà existant entre les pays dits « riches » et les autres. Le défi est donc de parvenir à augmenter les niveaux de vie, créer de la richesse et prospérer tout en évitant soigneusement les erreurs que les pays industrialisés ont commis par le passé.

Enfin, comme nous l’avons vu, les enjeux sont complexes en ce qui concerne la question climatique. Il y a toutefois de l’espoir car l’Afrique est un continent avec une population extrêmement jeune dont la résilience et le dynamisme ne sont plus à prouver. Il ne reste plus qu’à rêver que ce dynamisme parvienne jusqu’aux décideurs… 

En attendant, nos yeux sont tournés vers Glasgow jusqu’au 12 novembre prochain. Vous pouvez suivre toute l’actualité de la Conférence ici.

Nyota


Sources : • https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/info-%C3%A9co/20211102-changement-climatique-la-question-%C3%A0-100-milliards-de-dollars• https://www.rfi.fr/fr/environnement/20211101-cop26-les-dirigeants-africains-vont-rappeler-aux-pays-riches-leurs-promesses-au-continent• https://www.jeuneafrique.com/1255925/societe/tanguy-gahouma-face-au-changement-climatique-lafrique-ne-demande-pas-laumone/• https://www.jeuneafrique.com/1259633/politique/climat-ce-que-lafrique-attend-de-la-cop26/• https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/expectative-que-peut-attendre-lafrique-de-la-cop26-pas-grand-chose-apparemment• https://www.carbone4.com/rapport-giec-points-cles• https://www.gov.uk/government/publications/cop26-world-leaders-summit-on-action-on-forests-and-land-use-2-november-2021/world-leaders-summit-on-action-on-forests-and-land-use• https://www.jeuneafrique.com/1219536/societe/lafrique-doit-elle-rester-pauvre-pour-que-la-planete-respire/• https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_%C3%A9missions_de_dioxyde_de_carbone

Images : • https://www.amnesty.ch/fr/themes/climat/docs/2021/gouvernements-doivent-cesser-bruler-nos-droits-en-connivence-avec-secteur-energies-fossiles• https://reseauactionclimat.org/le-reseau-action-climat-demande-un-report-de-la-cop-26-face-au-risque-dexclusion-des-participants-des-pays-du-sud/• https://www.iss.europa.eu/content/sahel-climate-conflicts-when-fighting-climate-change-fuels-terrorism

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s